Impacts et préoccupations liés à Internet dans les milieux des jeunes

L’auteur de ce billet est coordonnateur du comité régional de prévention sur les jeux d’argent et dépendances et agent de planification, de programmation et recherche à la Direction de santé publique de Montréal.

Il y a maintenant déjà plus d’un an, nous publiions un rapport d’étude qui visait à « mieux comprendre les préoccupations et impacts associés à l’utilisation des technologies Internet (TI) dans les milieux des jeunes d’âge scolaire ». En effet, de multiples demandes provenaient de partenaires qui nous interpellaient afin d’avoir une meilleure idée des impacts de l’utilisation des TI sur la santé des adolescents. Comme organisation de santé publique, nous devons bien sûr être en mesure d’évaluer les enjeux liés aux problématiques émergentes pour lesquelles il pourrait être nécessaire d’intervenir ou d’adapter des interventions. Pour ceux qui œuvrent dans le milieu des médias, il apparaît évident que les initiatives de santé publique peuvent largement bénéficier des multiples possibilités offertes par le développement des TI en matière de soutien à la communication; là n’était toutefois pas l’objet de cette étude.

D’autre part, devant la rapidité des innovations touchant les TI et de l’évolution de leurs usages, il est vite apparu que, factuellement, nos travaux étaient condamnés à être assez rapidement « dépassés ». Dans ce contexte, il importait de dégager un cadre qui pourrait demeurer ultérieurement pertinent pour favoriser la réflexion autour des différents impacts des TI dans les milieux des jeunes. Voici quelques constats que je juge intéressant de partager ici :

Il faut d’emblée mentionner que l’expérience des jeunes et des différents acteurs du milieu scolaire avec les TI est vécue de façon plutôt positive; je ne vous apprends rien. Par ailleurs, de fortes préoccupations sont réellement présentes et nos travaux suggèrent d’aborder les impacts négatifs associés aux TI dans les milieux autour : des relations interpersonnelles (violence, intimidation, gestion des élèves en classe, etc.), du temps consacré aux TI (sédentarité, inattention, dépendance, etc.) ainsi qu’au développement des jeunes (contenu inapproprié, confidentialité/sécurité, construction de l’identité, etc.).

La sphère des relations interpersonnelles est celle qui présente un défi prioritaire pour les acteurs du milieu scolaire. Tant la littérature disponible que les entrevues réalisées allaient en ce sens. À cet effet, nous suggérions effectivement l’intégration d’initiatives de prévention. Il est ainsi intéressant de constater que plusieurs initiatives et outils de prévention adaptés ont été développés par les milieux et organismes jeunesse. Ils prennent la forme de politiques scolaires, de lutte/sensibilisation à la « cyberintimidation » ou d’éducation à l’utilisation des médias sociaux sous diverses formes. On assiste à une prise en charge relativement rapide des milieux sur cet aspect. Par ailleurs, il faut également souligner que l’écart entre les usages des adolescents et des adultes peut parfois contribuer à accentuer certaines inquiétudes, notamment chez les parents, et que ces inquiétudes peuvent se voir aussi renforcées par la couverture médiatique qui consacrait, selon nos travaux, une proportion substantielle du thème « Internet et Jeunes » sous l’angle « des dangers ». Un autre élément que je trouve pertinent à partager ici est, qu’à l’heure des réseaux sociaux en ligne, il apparaît que l’interaction entre les TI et la « construction de l’identité » chez les jeunes est un facteur que les professionnels œuvrant auprès de ces derniers doivent considérer dans leurs réflexions et interventions; plusieurs le font déjà.

Bien que je m’écarte un peu des contenus de nos travaux, je termine ce billet en m’inspirant de propos rafraichissants tenus par une adolescente invitée aux dernières journées annuelles de santé publique. Il s’agissait en fait d’un appel aux intervenants à jouer leur rôle d’adulte, soit de celui qui donne respectueusement l’exemple, qui encadre et qui se comporte comme tel dans le contexte des interactions en ligne avec des adolescents. L’adulte qui « joue au jeune » ou l’intervention trop superficiellement adaptée susciterait la méfiance. Le « sérieux » des adultes serait ainsi, quoi qu’on en pense, parfois rassurant et même attendu…