L’expérience des jeunes sur les sites de réseautage social leur serait-elle nuisible ?

La tragédie entourant le décès de Marjorie Raymond a remis sur l’avant-scène la problématique de l’intimidation en milieu scolaire et soulevé des questions concernant le rôle que jouent les médias sociaux dans ce phénomène. L’expérience des jeunes sur les sites de réseautage social leur serait-elle nuisible?

Selon une récente étude américaine de Pew Internet (2011) [1], 69 % des adolescents de 12-17 ans qui utilisent les sites de réseautage social considèrent que les échanges entre pairs y sont généralement amicaux. Toutefois, 88 % des jeunes interrogés avaient eu l’occasion d’observer des comportements cruels entre certaines de leur connaissances et 15 % en avaient été la cible, ce qui n’est pas négligeable.

En Europe comme en Amérique du Nord, les adolescents sont de plus en plus nombreux à avoir accès à Internet (93 % des 12-17 ans aux États-Unis [2] et 91 % des jeunes Québécois de 12 à 24 ans [3]) et à être présents sur les sites de réseautage social (80 % des 12-17 ans aux États-Unis [4]).

Cette présence en ligne remplit plusieurs fonctions. Internet est tout d’abord un espace de communication permettant aux jeunes d’échanger avec leurs amis, notamment via Facebook ou msn, dans la continuité des discussions entamées à l’école. C’est aussi un espace de divertissement (visionnement de vidéos, de Web et de téléséries, engagement dans les jeux en ligne) largement exploité en connexion avec les pairs. Enfin, Internet constitue une source d’information sur différentes thématiques qui leur sont chères (actualité cinématographique, nouveaux jeux, etc.) ou utiles (recherche d’information dans le cadre des activités scolaires, recherche d’information sur la santé par exemple).

Selon la récente étude de Pew Internet, une grande majorité de jeunes (78 %) fait état d’au moins une expérience positive sur les sites de réseautage social, les échanges en ligne contribuant à la construction d’une image de soi positive (65 %) et favorisant le rapprochement avec des pairs (58 %). Moins de la moitié des jeunes interrogés (41 %) témoignent aussi d’au moins une expérience négative sur les sites de réseautage social, les échanges en ligne pouvant notamment mener à des conflits hors ligne, entre autres, à l’école.

Si les sites de réseautage social contribuent sans doute à augmenter l’ampleur des actions d’intimidation, et peuvent devenir des espaces de confrontation, tout comme la cour d’école d’ailleurs, la présence des jeunes dans ces espaces leur est néanmoins largement bénéfique. Elle s’inscrit dans un processus de construction identitaire, les échanges avec les autres, tout comme les photos mises en ligne, les images commentées, le nombre d’amis qu’ils affichent, etc. étant autant d’actions de production de soi. Un soi qui n’a rien de virtuel.

Cet article est tiré du Portail Internet et santé.

Références

[1] Lenhart, A, Madden, M., Smith, A., Purcelle, K., Zickuhr, K. (2011). Teens, Kindness and Cruelty on Social Network Sites,  How American teens navigate the new world of « digital citizenship » , Pew Internet. Consulté en ligne : http://www.pewinternet.org/~/media//Files/Reports/2011/PIP_Teens_Kindness_Cruelty_SNS_Report_Nov_2011_FINAL_110711.pdf

[2] Pew Internet Research Center’s Internet American Life project surveys (2009)

[3] CEFRIO (2009). Enquête Génération C

[4] Lenhart, A, Madden, M., Smith, A., Purcelle, K., Zickuhr, K. (2011). Teens, Kindness and Cruelty on Social Network Sites,  How American teens navigate the new world of « digital citizenship » , Pew Internet. Consulté en ligne: http://www.pewinternet.org/~/media//Files/Reports/2011/PIP_Teens_Kindness_Cruelty_SNS_Report_Nov_2011_FINAL_110711.pdf